Charles - Spurgeon
le « Prince des prédicateurs »
Découvrez Charles Haddon Spurgeon, prédicateur baptiste anglais du XIXᵉ siècle, devenu l’une des figures les plus marquantes du protestantisme évangélique. Converti à seulement 15 ans et appelé très jeune à la prédication, il rassembla bientôt des milliers d’auditeurs à Londres, où la puissance et la simplicité de ses messages lui valurent le surnom de « Prince des prédicateurs ».
Au cœur de son ministère se trouvait une conviction profonde : Jésus-Christ doit être au centre de la prédication. Spurgeon annonçait avec force la nouvelle naissance, la repentance, le salut par grâce, la justification par la foi et la souveraineté de Dieu. Profondément attaché à l’autorité de la Parole de Dieu, il accordait également une place essentielle à la prière, à l’action du Saint-Esprit, à l’évangélisation et à une foi capable de transformer concrètement la vie.
Mais Spurgeon ne fut pas seulement un prédicateur des grandes foules. Pasteur du Metropolitan Tabernacle, formateur de prédicateurs, écrivain et homme engagé auprès des plus démunis, il consacra sa vie à faire connaître l’Évangile et à équiper d’autres croyants pour le servir. Découvrez son parcours, sa conversion décisive, son ministère à Londres, les grands thèmes de son enseignement, ses combats pour la foi biblique et l’immense héritage spirituel laissé par cet homme passionné par Jésus-Christ et sa Parole.
Qui était Charles - Spurgeon ?
De l’enfance à l’appel : la formation d’un jeune prédicateur
Une conversion qui change toute sa vie
Au début de l’année 1850, Charles Haddon Spurgeon n’est encore qu’un adolescent de quinze ans. Il a grandi dans un environnement chrétien, connaît bien la Bible et a déjà beaucoup lu, mais cette connaissance ne lui apporte pas encore la paix intérieure qu’il recherche. Depuis plusieurs mois, il est profondément préoccupé par la question du salut. Il écoute des prédications, fréquente différentes assemblées et cherche avec sérieux comment être réconcilié avec Dieu.
Le dimanche 6 janvier 1850, alors qu’il se trouve à Colchester, Spurgeon décide une nouvelle fois de se rendre au culte. Mais une forte tempête de neige bouleverse son trajet. Ne pouvant poursuivre normalement son chemin, il se détourne vers Artillery Street et entre dans une petite chapelle des méthodistes primitifs. Rien ne laisse alors penser que cette réunion presque improvisée va devenir l’un des moments les plus importants de sa vie.
La neige a également empêché le pasteur habituel de rejoindre la chapelle. Devant la petite assemblée présente ce matin-là, un prédicateur laïc prend donc sa place. Spurgeon dira plus tard qu’il s’agissait probablement d’un artisan, peut-être un cordonnier ou un tailleur. L’homme n’est pas un grand orateur et son message est très simple. Faute de pouvoir développer longuement son sermon, il revient sans cesse au même texte, Ésaïe 45:22 : « Tournez-vous vers moi, et vous serez sauvés, vous tous qui êtes aux extrémités de la terre ! Car je suis Dieu, et il n’y en a point d’autre. »
Ces quelques mots atteignent profondément le jeune Spurgeon. Jusqu’alors, il avait cherché comment obtenir le salut, comment se rendre digne de Dieu ou comment trouver en lui-même quelque chose qui puisse lui apporter l’assurance d’être accepté. Mais ce matin-là, le message lui apparaît dans toute sa simplicité : il ne lui est pas demandé de se sauver lui-même, mais de se tourner vers Dieu avec foi.
Le prédicateur remarque bientôt l’adolescent assis dans la chapelle et s’adresse directement à lui, l’exhortant à regarder à Christ. Ce moment restera profondément gravé dans la mémoire de Spurgeon. Bien des années plus tard, devenu l’un des prédicateurs les plus connus de son époque, il racontera encore cette matinée enneigée au cours de laquelle un homme presque inconnu lui avait annoncé un Évangile d’une extrême simplicité.
La conversion de Spurgeon permet déjà de comprendre un élément qui caractérisera toute sa prédication. Il restera convaincu que l’Évangile doit être annoncé de manière claire, directe et accessible, afin que l’auditeur comprenne qu’il est appelé personnellement à venir à Jésus-Christ. Le jeune homme qui avait passé tant de temps à chercher le chemin du salut venait de découvrir que le cœur du message chrétien n’était pas d’abord de faire davantage, mais de regarder avec foi vers le Sauveur.
Cette expérience ne demeure pas seulement une émotion passagère. Dans les mois qui suivent, Spurgeon cherche à vivre concrètement la foi qu’il vient d’embrasser. Sa compréhension du baptême le conduit notamment à se rapprocher des baptistes. Le 3 mai 1850, quelques mois seulement après sa conversion, il est baptisé par immersion, puis s’engage dans la vie de l’Église. Sa foi commence rapidement à prendre la forme du service.
Un prédicateur à seulement seize ans
Spurgeon ne semble pourtant pas encore destiné aux immenses assemblées devant lesquelles il prêchera quelques années plus tard. Ses débuts sont extrêmement modestes. Installé à Cambridge, il enseigne notamment à l’école du dimanche et rejoint le cercle de jeunes hommes lié à la St. Andrew's Street Baptist Church, qui vont annoncer l’Évangile dans les villages environnants.
C’est dans ce contexte qu’il se retrouve, en 1851, en route vers le petit village de Teversham. Spurgeon pense alors accompagner un autre jeune homme chargé de prêcher. Mais au cours du trajet, les deux découvrent qu’un malentendu — ou probablement une habile initiative de leur responsable James Vinter — les a conduits chacun à croire que l’autre devait apporter le message. Finalement, c’est Spurgeon qui doit prendre la parole.
Le cadre est bien loin des grandes salles londoniennes qui feront plus tard sa renommée. Quelques personnes se sont réunies dans une petite maison au toit de chaume : des ouvriers agricoles, leurs épouses et quelques habitants du village. Spurgeon n’a que seize ans et n’a encore jamais prononcé de véritable sermon devant une assemblée d’adultes.
Il choisit de parler à partir de 1 Pierre 2:7, autour de la valeur de Christ pour celui qui croit. Ce premier sermon révèle déjà ce qui deviendra la marque de son ministère : lorsqu’il ne sait pas encore comment construire un discours élaboré, il sait au moins parler de Jésus-Christ. Spurgeon se souviendra longtemps de cette première expérience, non comme d’une démonstration d’éloquence, mais comme du moment où il comprit qu’il pouvait annoncer l’Évangile simplement à ceux qui se trouvaient devant lui.
D’autres invitations suivent. Le jeune prédicateur parcourt les villages autour de Cambridge, parlant dans des maisons, de petites chapelles et des assemblées rurales. Sa voix puissante étonne chez un homme aussi jeune, mais ce qui frappe surtout ses auditeurs est sa manière de parler : son vocabulaire reste compréhensible, ses illustrations sont proches de la vie quotidienne et Christ demeure au centre de son message.
Son ministère prend bientôt une dimension nouvelle à Waterbeach, un village situé à quelques kilomètres de Cambridge. En 1851, alors qu’il n’a que dix-sept ans, il commence à y exercer un ministère pastoral régulier. La petite assemblée ne dispose ni de prestige ni de grands moyens. Spurgeon lui-même continue pendant un temps son travail d’enseignant et parcourt à pied plusieurs kilomètres pour venir prêcher.
Pourtant, les habitants commencent à affluer. Spurgeon ne cherche pas seulement à remplir la chapelle : il désire voir des vies réellement transformées par l’Évangile. Waterbeach devient ainsi son véritable terrain d’apprentissage pastoral. Il y découvre les réalités de la pauvreté, les difficultés des familles, les ravages de l’alcool et la nécessité pour un pasteur de connaître les personnes auxquelles il prêche.
En quelques années seulement, le jeune homme passé presque inaperçu dans une petite chapelle enneigée de Colchester devient le « jeune prédicateur des Fens », connu bien au-delà de Waterbeach. Il ne possède encore aucun diplôme théologique prestigieux et n’a pas reçu la formation classique de nombreux ministres de son époque. Son école a surtout été celle de la Bible, de la lecture, de la prière, des petites assemblées rurales et du contact direct avec les hommes et les femmes auxquels il annonce l’Évangile.
Cette période est essentielle pour comprendre le Spurgeon des années suivantes. Avant de parler devant des milliers de personnes à Londres, il a appris à annoncer Jésus-Christ dans une simple maison de village. Avant de devenir le « Prince des prédicateurs », il a été un adolescent converti en entendant quelques paroles simples d’un prédicateur inconnu. Et cette simplicité ne le quittera jamais : quelles que soient la taille de l’assemblée ou sa propre réputation, son ambition restera de conduire ses auditeurs vers Christ et l’Évangile.
Le « Prince des prédicateurs » : Londres et le Metropolitan Tabernacle
À dix-neuf ans, Spurgeon arrive à Londres
À la fin de l’année 1853, Charles Spurgeon n’est encore qu’un jeune prédicateur de campagne lorsque son nom commence à circuler au-delà de Waterbeach. Sa réputation parvient jusqu’à Londres, où la New Park Street Chapel, une ancienne assemblée baptiste de Southwark, traverse alors une période difficile. Cette Église avait autrefois été conduite par des pasteurs renommés comme John Gill et John Rippon, mais elle avait perdu une partie de son dynamisme.
Spurgeon est invité à venir y prêcher. Il monte pour la première fois dans la chaire de New Park Street en décembre 1853. Son apparence très jeune surprend. À seulement 19 ans, avec son accent encore marqué par son origine rurale et une manière de prêcher très différente des conventions londoniennes, il ne correspond guère à l’image que certains se font d’un ministre appelé à diriger une Église historique.
Pourtant, dès ses premières prédications, quelque chose change. Les auditeurs sont frappés par la force de sa voix, la clarté de ses explications, ses illustrations tirées de la vie quotidienne et surtout sa manière directe de présenter Jésus-Christ. Il ne cherche pas à impressionner par un langage savant. Il veut être compris, et il s’adresse aussi bien aux croyants habitués aux cultes qu’aux personnes peu familières avec la Bible.
Après une période d’essai, l’assemblée l’appelle officiellement à devenir son pasteur. En avril 1854, Spurgeon commence ainsi son ministère à New Park Street Chapel. Il n’a toujours que dix-neuf ans. Très rapidement, la situation devient étonnante. La chapelle, qui pouvait accueillir environ 1 200 personnes, devient trop petite. Les bancs se remplissent, les passages sont occupés et de nombreuses personnes ne peuvent plus entrer. On agrandit le bâtiment, mais cela ne suffit bientôt plus.
Le jeune pasteur commence alors à attirer un public bien plus large que celui du monde baptiste. Des ouvriers, des commerçants, des familles, des étudiants et des représentants des classes aisées viennent l’entendre. Certains l’admirent, d’autres le critiquent vivement. La presse londonienne se fait l’écho de ce phénomène religieux inhabituel : un prédicateur d’une vingtaine d’années est en train de devenir l’une des voix les plus écoutées de la capitale.
Prêcher l’Évangile à des milliers de personnes
Face à l’affluence, l’Église doit chercher des lieux beaucoup plus vastes. Des réunions sont organisées à Exeter Hall, dans le Strand, une salle capable d’accueillir plusieurs milliers de personnes. Là encore, les places deviennent insuffisantes.
En 1856, une décision audacieuse est alors prise : louer le Royal Surrey Gardens Music Hall, l’une des plus grandes salles publiques de Londres. Ce choix est inhabituel pour une Église de l’époque. Spurgeon ne semble pourtant guère préoccupé par le caractère non religieux du bâtiment. Pour lui, l’essentiel est de disposer d’un lieu suffisamment vaste pour que la foule puisse entendre l’Évangile.
Le premier grand rassemblement du 19 octobre 1856 devait cependant devenir l’une des épreuves les plus douloureuses de sa vie. Des milliers de personnes se pressent dans le Music Hall. Alors que Spurgeon commence le service, des cris annonçant faussement un incendie et l’effondrement des galeries provoquent soudainement la panique. Une partie de la foule se précipite vers les sorties. Dans le mouvement qui suit, sept personnes perdent la vie et plusieurs dizaines sont blessées.
Spurgeon n’a alors que 22 ans, Le choc est immense. Profondément atteint par la catastrophe, il traverse une période de grande détresse et doute même momentanément de sa capacité à poursuivre son ministère. Susannah, son épouse depuis quelques mois seulement, joue alors un rôle important auprès de lui. Avec sa famille et ses proches, elle l’accompagne pendant cette épreuve particulièrement lourde.
Spurgeon finit néanmoins par reprendre la prédication. Les réunions au Surrey Gardens continuent et les foules reviennent. Cet épisode laissera cependant une trace durable dans sa vie. Derrière l’image du prédicateur puissant capable de s’adresser à plusieurs milliers de personnes se trouvait aussi un homme profondément sensible au poids de sa responsabilité pastorale.
L’année suivante, le 7 octobre 1857, son ministère connaît l’un de ses moments les plus spectaculaires. Spurgeon prêche au Crystal Palace, immense bâtiment de verre et de fer devenu l’un des symboles de l’Angleterre victorienne. La réunion est organisée à l’occasion d’une journée nationale de jeûne et de prière liée aux événements en Inde.
Environ 23 000 personnes viennent l’entendre — les estimations utilisées dans les sources spurgeoniennes donnent précisément 23 654 auditeurs. Sans microphone ni système moderne d’amplification, Spurgeon doit projeter sa voix dans cet immense espace. Sa capacité vocale exceptionnelle et l’acoustique du bâtiment lui permettent pourtant d’être entendu à une distance considérable.
Mais le phénomène Spurgeon ne repose pas uniquement sur ces rassemblements impressionnants. Une autre révolution est en cours : ses sermons sont imprimés chaque semaine. Très tôt, ses prédications commencent à être transcrites, corrigées puis publiées. Elles circulent dans toute la Grande-Bretagne et franchissent rapidement les frontières. Des lecteurs qui n’ont jamais mis les pieds à Londres découvrent ainsi ses messages. À une époque où la presse imprimée connaît une expansion considérable, Spurgeon comprend qu’un sermon peut continuer son chemin longtemps après avoir été prononcé.
Cette diffusion donnera à son ministère une dimension internationale. Ses prédications seront finalement publiées pendant des décennies et formeront l’une des collections de sermons les plus importantes laissées par un prédicateur du XIXᵉ siècle.
Le Metropolitan Tabernacle : une maison pour des milliers d’auditeurs
L’affluence continuelle rend cependant nécessaire la construction d’un lieu permanent. L’Église décide donc d’ériger un bâtiment spécialement conçu pour accueillir les foules : le Metropolitan Tabernacle, à Newington Butts, dans le quartier d’Elephant and Castle.
Le nouveau Tabernacle ouvre ses portes en 1861. Le bâtiment est immense pour une Église non-conformiste de l’époque. Il dispose d’environ 5 500 places assises et peut accueillir autour de 6 000 personnes, voire davantage lorsque les espaces disponibles sont pleinement utilisés. La conception de la salle privilégie volontairement l’audition de la prédication : tout doit permettre à la voix du prédicateur d’atteindre l’ensemble de l’assemblée.
Dès son ouverture, le Tabernacle devient le cœur du ministère de Spurgeon. Dimanche après dimanche, des milliers de personnes viennent écouter sa prédication. Certains visiteurs arrivent très tôt afin d’obtenir une place. Des étrangers de passage à Londres souhaitent également entendre celui que l’on commence à appeler le « Prince des prédicateurs ».
Mais réduire le Metropolitan Tabernacle à une immense salle de prédication donnerait une image incomplète de son ministère. Autour de l’Église se développe progressivement tout un ensemble d’œuvres : formation de pasteurs, évangélisation, littérature chrétienne, aide aux personnes démunies, soutien aux enfants sans ressources et implantation de nouvelles assemblées. Au milieu de cette activité impressionnante, Spurgeon continue pourtant à se considérer avant tout comme le pasteur d’une Église locale.
Il porte une grande attention aux membres de son assemblée. Il rencontre les personnes désirant devenir membres, accompagne ceux qui traversent des difficultés, participe à la vie de l’Église et travaille avec les anciens et les responsables. L’augmentation considérable du nombre de membres nécessite progressivement une organisation pastorale structurée, mais Spurgeon refuse que la taille de l’œuvre transforme l’Église en simple rassemblement anonyme.
Pour lui, la prédication publique et la vie pastorale ne peuvent être séparées. Les milliers de personnes devant la chaire ne sont pas seulement une foule : elles représentent des hommes et des femmes auxquels l’Évangile doit être annoncé personnellement. Pendant plus de trente années, le Metropolitan Tabernacle restera ainsi associé au nom de Charles Spurgeon et deviendra l’un des principaux centres du christianisme évangélique britannique de l’époque victorienne.
Susannah Spurgeon : une épouse au cœur du ministère
Aux côtés de cette œuvre considérable se trouve une femme dont le rôle est parfois moins connu : Susannah Thompson Spurgeon. Charles rencontre Susannah dans le contexte de New Park Street Chapel. Leur relation se développe progressivement et ils se marient le 8 janvier 1856. Quelques mois plus tard, le 20 septembre, Susannah donne naissance à des jumeaux : Charles et Thomas. Tous deux deviendront plus tard prédicateurs.
Leur première année de mariage est donc particulièrement intense. Spurgeon connaît déjà une célébrité grandissante, les sermons se multiplient, les foules deviennent considérables et, quelques semaines seulement après la naissance des jumeaux, survient la tragédie du Surrey Gardens Music Hall. Susannah devient alors pour son mari un soutien précieux. Elle connaît les pressions qui accompagnent son ministère : les critiques de la presse, l’emploi du temps extrêmement chargé, la responsabilité d’une assemblée grandissante et les périodes de profond découragement qui peuvent suivre certaines épreuves.
Mais Susannah Spurgeon ne doit pas être présentée uniquement comme « l’épouse du prédicateur ». Elle développera elle-même une œuvre remarquable. Sa santé devient fragile et limite progressivement ses déplacements. Pourtant, cette épreuve ne met pas fin à son désir de servir. En 1875, une conversation avec son mari donne naissance à ce qui deviendra le célèbre Book Fund de Mme Spurgeon.
En découvrant le premier volume de Lectures to My Students, elle exprime le souhait que chaque pasteur d’Angleterre puisse en posséder un exemplaire. Spurgeon lui demande alors, en substance, ce qu’elle serait prête à faire pour rendre cela possible. Susannah prend cette question au sérieux. Elle commence à réunir des fonds et à envoyer gratuitement des ouvrages à des pasteurs disposant de très faibles ressources, qui n’avaient souvent pas les moyens d’acheter les livres nécessaires à leur ministère. Les demandes affluent bientôt de toute la Grande-Bretagne.
L’œuvre prend des proportions considérables. Au fil des années, son Book Fund distribue des dizaines de milliers de volumes et continuera à fonctionner jusqu’à sa mort. Les données conservées par les sources spurgeoniennes montrent qu’il aura finalement permis la diffusion de près de 200 000 ouvrages auprès de pasteurs et de serviteurs chrétiens disposant de peu de moyens.
Susannah participe également à la vie du Pastors' College, accueille et encourage des étudiants et soutient de nombreuses dimensions du ministère de son mari. Malgré ses propres problèmes de santé, elle transforme ainsi ses limitations en une autre manière de servir. L’histoire du Metropolitan Tabernacle ne peut donc être comprise seulement à travers les foules, les sermons et la personnalité exceptionnelle de Charles Spurgeon. Derrière cette œuvre se trouvent une Église, de nombreux collaborateurs et une épouse qui partage avec lui pendant plus de trente-cinq ans les joies, les sacrifices et les épreuves du ministère.
Lorsque l’on observe ces années londoniennes, le contraste est saisissant. En 1854, Spurgeon arrive à Londres comme un jeune prédicateur de 19 ans, presque inconnu dans la capitale. Quelques années plus tard, il prêche devant des dizaines de milliers de personnes, ses sermons circulent dans le monde entier et le Metropolitan Tabernacle devient le centre d’une œuvre considérable.
Pourtant, derrière le surnom de « Prince des prédicateurs », Spurgeon conservera une conviction simple : la grandeur d’un ministère ne se mesure pas d’abord à la taille des foules, mais à la fidélité avec laquelle Jésus-Christ et l’Évangile sont annoncés.
Transmettre l’Évangile
Spurgeon, prédicateur de Christ et de la grâce
Pour comprendre Charles Spurgeon, il ne suffit pas de regarder la taille des foules qu’il rassemblait ou le nombre impressionnant de sermons qu’il a laissés. Le cœur de son ministère se trouve avant tout dans ce qu’il voulait annoncer : Jésus-Christ, sa croix, sa grâce et l’appel adressé à chaque homme de venir à lui par la foi.
Lors du premier sermon prononcé dans le Metropolitan Tabernacle, le 25 mars 1861, Spurgeon choisit Actes 5:42 :« Et chaque jour, dans le temple et dans les maisons, ils ne cessaient d’enseigner, et d’annoncer la bonne nouvelle de Jésus-Christ. »
Ce choix résume admirablement sa conception de la prédication. Pour lui, le prédicateur chrétien peut aborder de nombreux sujets, mais il doit toujours revenir au même centre : la personne et l’œuvre de Jésus-Christ. Spurgeon estimait qu’une prédication pouvait être brillante, savante ou éloquente et pourtant manquer l’essentiel si elle ne conduisait pas finalement l’auditeur vers Christ. Cette centralité de Christ explique la place considérable qu’il accorde à la croix. Le péché de l’homme est une réalité grave, mais la réponse de Dieu se trouve dans l’œuvre accomplie par Jésus-Christ. Spurgeon annonce donc avec insistance le pardon, la réconciliation avec Dieu et le salut offert par grâce à celui qui croit.
La nouvelle naissance occupe elle aussi une place fondamentale dans ses sermons. Spurgeon ne considère pas qu’une personne devient véritablement chrétienne simplement parce qu’elle fréquente une Église, connaît les doctrines chrétiennes ou possède une moralité respectable. Elle doit personnellement rencontrer Christ et recevoir une vie nouvelle. Cette conviction vient directement de sa propre expérience. À quinze ans, il connaissait déjà la Bible et vivait dans un environnement profondément religieux. Pourtant, c’est lorsqu’il comprit personnellement l’appel de l’Évangile qu’il trouva la paix qu’il recherchait. Toute sa vie, il continuera donc à appeler ses auditeurs à ne pas se contenter d’une foi héritée ou extérieure.
La repentance et la foi sont inséparables dans cette proclamation. Spurgeon appelle l’homme à reconnaître son péché, à abandonner toute confiance en ses propres mérites et à placer sa confiance dans Jésus-Christ seul. Le salut n’est pas présenté comme la récompense accordée à celui qui devient suffisamment bon, mais comme le don de la grâce de Dieu reçu par la foi. Cette prédication de la grâce s’inscrit dans les convictions théologiques de Spurgeon. Il est baptiste, profondément nourri par les auteurs puritains, et assume clairement un héritage calviniste. Il insiste fortement sur la souveraineté de Dieu dans le salut, sur l’initiative de la grâce divine et sur l’incapacité de l’homme à se sauver lui-même.
Mais Spurgeon refuse d’utiliser la souveraineté divine comme une raison de ne pas appeler tous les hommes à venir à Christ. C’est l’un des aspects caractéristiques de sa prédication : il affirme avec force la souveraineté de Dieu tout en proclamant avec la même force la responsabilité de l’homme devant l’appel de l’Évangile. Il ne cherche pas toujours à résoudre philosophiquement la tension entre ces deux vérités. Il les reçoit toutes les deux parce qu’il estime les trouver dans l’Écriture. Dieu est souverain dans son œuvre de salut, mais l’être humain est réellement appelé à se repentir, croire et venir à Jésus-Christ. Cette attitude révèle un principe plus large de sa théologie : Spurgeon veut soumettre ses convictions à la Parole de Dieu plutôt que forcer la Bible à entrer dans un système humain parfaitement ordonné.
L’autorité des Écritures constitue donc un autre fondement essentiel de son ministère. La Bible n’est pas pour lui un simple recueil de pensées religieuses inspirantes. Elle est la Parole par laquelle Dieu révèle la vérité nécessaire à la foi et à la vie chrétienne. C’est pourquoi ses sermons sont presque toujours construits autour d’un texte biblique qu’il cherche à expliquer, puis à appliquer concrètement à ses auditeurs.
Son amour de l’Écriture s’accompagne d’une place importante donnée à l’action du Saint-Esprit. Spurgeon sait que les capacités naturelles d’un prédicateur ne peuvent produire la véritable conversion. L’éloquence, la préparation et l’intelligence ont leur importance, mais elles ne peuvent remplacer l’œuvre de Dieu dans le cœur humain. La prière devient alors indispensable. Spurgeon ne sépare jamais réellement la chaire du lieu secret de la prière. Derrière la puissance visible de son ministère se trouve une conviction profonde : sans l’action de Dieu, le prédicateur demeure impuissant à produire une transformation spirituelle authentique.
Cette dépendance au Saint-Esprit ne conduit cependant pas à la passivité. Spurgeon travaille énormément. Il étudie, lit, prépare ses messages, forme d’autres prédicateurs et multiplie les moyens d’annoncer l’Évangile. Pour lui, dépendre de Dieu ne signifie pas travailler moins, mais travailler en reconnaissant que le résultat appartient à Dieu.
Sa prédication insiste également sur la sainteté de vie. Le salut ne doit pas rester une déclaration sans conséquence. La grâce qui pardonne est aussi une grâce qui transforme. Le croyant est appelé à grandir dans l’obéissance, dans la communion avec Dieu et dans une vie qui témoigne concrètement de sa foi. Spurgeon connaît cependant suffisamment les combats de la vie chrétienne pour ne pas présenter cette marche comme une progression toujours facile. Sa propre existence sera marquée par la maladie, les douleurs physiques, de profondes périodes de découragement et des oppositions parfois très dures.
C’est pourquoi ses écrits consacrent une place importante à la persévérance dans l’épreuve. Il ne parle pas de la souffrance comme un observateur extérieur. Il connaît personnellement les moments où la foi doit continuer à s’appuyer sur Dieu alors que les circonstances semblent obscures. Son espérance reste pourtant profondément tournée vers Christ. La vie chrétienne ne s’achève pas avec les difficultés présentes. Spurgeon rappelle régulièrement que le croyant appartient à Dieu, que les promesses divines demeurent sûres et que l’espérance ultime se trouve dans la présence éternelle du Seigneur.
Ainsi, derrière la diversité de ses enseignements se trouve une remarquable unité : la Bible comme autorité, Christ comme centre, la grâce comme fondement, le Saint-Esprit comme puissance et le salut des hommes comme urgence.
Former des prédicateurs et prendre soin des plus faibles
Spurgeon ne veut pas que son ministère dépende uniquement de sa propre personne. Très tôt, il comprend la nécessité de former d’autres hommes capables d’annoncer l’Évangile. En 1856, alors que son propre ministère londonien n’en est encore qu’à ses débuts, il commence ce qui deviendra le Pastors’ College. L’objectif n’est pas simplement de produire des théologiens possédant de grandes connaissances académiques. Spurgeon veut aider des hommes qui ont déjà manifesté un réel appel à la prédication mais qui manquent de formation.
Il porte une attention particulière aux jeunes prédicateurs dont les ressources financières ou le parcours scolaire auraient pu leur fermer l’accès à des études plus traditionnelles. La formation associe ainsi connaissance biblique, théologie, prédication et expérience concrète du ministère. L’œuvre se développe rapidement. Spurgeon écrira lui-même qu’en quelques décennies le College avait déjà formé et envoyé plusieurs centaines d’hommes dans le ministère. Certains deviennent pasteurs, d’autres évangélistes, missionnaires ou implanteurs d’Églises.
Ses célèbres Lectures to My Students naîtront directement de cet engagement. Elles rassemblent les enseignements pratiques donnés aux étudiants sur la prédication, la vie du pasteur, la prière, le caractère du serviteur de Dieu et les difficultés du ministère. Mais Spurgeon ne sépare jamais l’annonce de l’Évangile de la compassion envers les personnes en difficulté. Cette conviction conduit notamment à la création du Stockwell Orphanage, ouvert à partir de 1867. L’œuvre accueille d’abord des garçons privés de père, avant de s’étendre ensuite aux filles. Elle leur procure un logement, une éducation et un cadre de vie stable.
Autour du Metropolitan Tabernacle se développe ainsi tout un réseau d’activités sociales et évangéliques. Des œuvres viennent en aide aux pauvres, aux malades et aux personnes vulnérables. Des missionnaires sont soutenus. Des Églises sont implantées. Des prédicateurs sont envoyés dans les quartiers de Londres et dans d’autres régions. Spurgeon encourage également le colportage chrétien. Des évangélistes parcourent des régions où les Églises sont moins présentes, distribuent des Bibles et des ouvrages chrétiens, visitent les familles et annoncent l’Évangile. Pour Spurgeon, le livre peut prolonger la prédication là où le prédicateur lui-même ne peut se rendre. Cette conviction explique également son immense activité éditoriale.
En janvier 1865, il lance le mensuel The Sword and the Trowel — « L’Épée et la Truelle ». Le titre exprime déjà une partie de sa vision : défendre la vérité tout en construisant l’œuvre de Dieu. Le magazine publie des articles, des nouvelles missionnaires, des comptes rendus d’œuvres chrétiennes, des réflexions pastorales et des informations concernant les activités liées au Tabernacle.
Tout cela révèle un aspect essentiel de Spurgeon : il ne veut pas simplement être un grand prédicateur. Il veut que d’autres prédicateurs soient formés, que de nouvelles assemblées voient le jour, que les pauvres soient secourus et que l’Évangile continue d’être annoncé bien au-delà de sa propre chaire.
Défendre la vérité : la controverse du « Down-Grade »
Les dernières années du ministère de Spurgeon vont cependant être marquées par une controverse particulièrement douloureuse. Dans les années 1880, il observe avec inquiétude l’évolution théologique de certaines parties du protestantisme britannique. Des doctrines qui lui paraissent fondamentales commencent à être remises en question ou réinterprétées sous l’influence du rationalisme et d’une nouvelle théologie libérale. La question dépasse pour lui les différences secondaires qui peuvent exister entre chrétiens.
Spurgeon avait toujours accepté de collaborer avec des croyants qui ne partageaient pas toutes ses convictions. Il pouvait être fermement calviniste tout en entretenant des relations fraternelles avec des chrétiens arminiens. Il pouvait discuter du baptême, du gouvernement de l’Église ou de certaines pratiques sans considérer que ces désaccords détruisaient nécessairement l’unité chrétienne. Mais il estime que la situation est différente lorsque sont mises en cause des vérités qu’il considère comme fondamentales à l’Évangile.
Parmi les sujets concernés figurent notamment l’inspiration et l’autorité des Écritures, la réalité de l’expiation accomplie par Christ, la gravité du péché, le jugement divin et la nécessité d’une foi véritable en Jésus-Christ. La controverse éclate publiquement en 1887 dans les pages de The Sword and the Trowel. Elle prendra le nom de Down-Grade Controversy, expression évoquant l’idée d’une pente descendante : lorsqu’une Église commence à abandonner certaines vérités fondamentales, pensait Spurgeon, d’autres abandons peuvent progressivement suivre. En octobre 1887, il décide finalement de se retirer de la Baptist Union.
La décision est lourde de conséquences. Plusieurs responsables considèrent ses accusations comme excessives ou insuffisamment précises. En 1888, le conseil de la Baptist Union lui adresse une censure officielle. Certains anciens élèves et amis ne comprennent pas son choix. Cette période devient l’une des plus douloureuses de sa vie.
Il est cependant important de comprendre la nature de son combat. Spurgeon ne cherche pas simplement à défendre chacune de ses préférences théologiques. Sa longue collaboration avec des croyants de traditions différentes montre le contraire. Ce qu’il refuse, c’est de considérer comme secondaires des doctrines qui touchent selon lui au cœur même de la foi chrétienne.
La controverse du Down-Grade révèle ainsi un aspect particulièrement fort de son caractère. Le prédicateur qui avait consacré sa vie à inviter les hommes à venir à Christ se montre également prêt à subir l’isolement lorsqu’il estime que l’Évangile lui-même est en jeu. Cette épreuve pèsera lourdement sur ses dernières années et s’ajoutera à une santé déjà très fragile.
Les dernières années et l’héritage de Spurgeon
Depuis longtemps, Spurgeon souffre de problèmes de santé récurrents. Des crises de goutte particulièrement douloureuses et d’autres affections l’obligent régulièrement à interrompre ses activités. À partir des années 1870, il séjourne fréquemment à Menton, sur la Côte d’Azur française, où le climat hivernal plus doux lui apporte un certain soulagement. Ces périodes loin de Londres deviennent progressivement indispensables.
Mais même lorsqu’il est malade, Spurgeon continue autant que possible à écrire, à correspondre et à suivre la vie de son Église. À la fin de 1891, sa santé se détériore fortement. Il repart à Menton accompagné de Susannah, mais cette fois son état ne s’améliore pas suffisamment.
Charles Haddon Spurgeon meurt à Menton le 31 janvier 1892. Il n’a que 57 ans. La nouvelle provoque une vive émotion en Grande-Bretagne et bien au-delà. Son corps est ramené en Angleterre. Des foules considérables rendent hommage à celui qui avait annoncé l’Évangile pendant près de quarante ans. Mais l’héritage de Spurgeon avait commencé à dépasser sa propre vie bien avant sa mort.
Ses sermons constituent une œuvre exceptionnelle par leur nombre. Publiés semaine après semaine pendant des décennies, ils formeront finalement 63 volumes du New Park Street Pulpit et du Metropolitan Tabernacle Pulpit. Des milliers de messages ont ainsi été conservés et continuent d’être lus longtemps après leur première prédication.
À cela s’ajoutent de nombreux ouvrages :
The Treasury of David constitue son vaste commentaire sur les Psaumes, élaboré durant de nombreuses années. Spurgeon y rassemble explications bibliques, réflexions spirituelles et observations issues de nombreux auteurs chrétiens antérieurs.
Morning and Evening propose des méditations quotidiennes pour le matin et le soir et deviendra l’un de ses ouvrages les plus largement diffusés.
Lectures to My Students conserve une partie de l’enseignement qu’il donna aux futurs pasteurs du Pastors’ College et reste particulièrement lié à sa conception de la prédication et du ministère pastoral.
Son influence ne se limite pourtant pas aux livres.
Le Pastors’ College, les Églises implantées par ses étudiants, les œuvres sociales, l’orphelinat, les colporteurs, la littérature diffusée par Susannah et les nombreux ministères issus du Metropolitan Tabernacle prolongent son action bien après sa disparition. Son héritage est surtout celui d’une conception très précise du ministère chrétien : annoncer Christ fidèlement, enseigner la Bible clairement, dépendre du Saint-Esprit, appeler les hommes à la foi et traduire l’Évangile en actes de compassion.
L’homme qui avait commencé à prêcher à seize ans dans une modeste maison de village aura finalement parlé à des foules immenses et laissé une œuvre écrite considérable. Pourtant, ce qui demeure au centre de son ministère n’est ni sa célébrité, ni son éloquence, ni même le surnom de « Prince des prédicateurs ».
Au commencement de son ministère comme à la fin, son message reste essentiellement le même : Jésus-Christ doit être annoncé, afin que les hommes viennent à lui et trouvent en lui le salut.
Où trouver les sermons de Charles - Spurgeon ?
Textes écrits : De nombreux messages et recueils sont disponibles en version originale sur des archives en ligne :
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